En bref : les données les plus solides portent sur le sauna finlandais traditionnel, pas sur l’infrarouge : une grande cohorte finlandaise associe des séances fréquentes à moins de décès cardiovasculaires, sans prouver un lien de cause à effet. Pour l’infrarouge, les études sont peu nombreuses et petites. Le sauna a aussi de vraies contre-indications. En cas de maladie cardiaque, d’hypertension, de grossesse ou de traitement en cours, demandez l’avis de votre médecin.
D’où viennent les « bienfaits » du sauna ?
La plupart des articles sur les bienfaits du sauna s’appuient, directement ou non, sur une même source : la cohorte finlandaise KIHD (Kuopio Ischaemic Heart Disease), qui suit depuis les années 1980 des hommes de l’est de la Finlande. Le sauna y est le sauna sec traditionnel, chauffé entre 80 et 100 °C. Il faut donc distinguer ce que la recherche a observé et ce qu’on peut en conclure pour une cabine infrarouge achetée pour la maison.
L’étude de référence : Laukkanen et al., 2015
L’étude la plus citée a été publiée dans JAMA Internal Medicine en 2015 (Laukkanen T, Khan H, Zaccardi F, Laukkanen JA, vol. 175, n° 4, p. 542-548). Elle a suivi 2 315 hommes de 42 à 60 ans, recrutés entre 1984 et 1989, pendant une durée médiane d’environ 20,7 ans.
Selon la synthèse publiée par Vidal, par rapport à une seule séance par semaine, 4 à 7 séances hebdomadaires étaient associées à un risque plus faible :
- de 63 % pour la mort subite d’origine cardiaque ;
- de 50 % pour les maladies cardiovasculaires mortelles ;
- de 40 % pour la mortalité toutes causes.
Avec 2 à 3 séances par semaine, les écarts étaient plus faibles (22 %, 27 % et 24 %). Des séances de plus de 19 minutes étaient aussi associées à un risque plus faible d’événements cardiovasculaires mortels que des séances de moins de 11 minutes, mais pas à une baisse de la mortalité toutes causes.
Ce que cette étude ne dit pas
- Elle observe, elle ne prouve pas. C’est une étude de cohorte : les hommes qui vont souvent au sauna peuvent différer des autres sur bien d’autres points (activité physique, revenus, état de santé de départ). Les auteurs appellent eux-mêmes à d’autres études.
- Elle ne concerne que des hommes d’âge moyen, dans un pays où le sauna fait partie de la vie quotidienne.
- Elle porte sur le sauna finlandais, pas sur le sauna infrarouge. Ses résultats ne peuvent pas être transposés tels quels à une cabine infrarouge, qui chauffe autrement et à plus basse température.
Vidal cite d’autres associations observées dans la même cohorte (hypertension, accident vasculaire cérébral), avec les mêmes limites.
Et le sauna infrarouge ?
Une cabine infrarouge chauffe le corps par rayonnement, avec un air moins chaud : 45 à 60 °C en général selon la revue de Hussain et Cohen (2018). Artsauna annonce par exemple un réglage jusqu’à 65 °C pour sa cabine Nyborg S90V.
Les études propres à l’infrarouge sont rares. Une revue publiée en 2009 dans Canadian Family Physician (Beever) n’a retenu que 9 études. Elle conclut à des preuves « limitées » et « modérées » pour la normalisation de la tension artérielle et l’insuffisance cardiaque, à des preuves faibles, issues d’une seule étude chacune, pour d’autres usages, et à des preuves qui contredisent les allégations de baisse du cholestérol mises en avant par certains vendeurs.
Une revue plus large de 2018 (Hussain et Cohen, Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine), tous saunas secs confondus, a réuni 40 études et 3 855 participants. Seules 13 étaient des essais randomisés, souvent sur moins de 40 personnes. La plupart rapportaient des effets favorables, mais les auteurs demandent des études de meilleure qualité pour savoir à quelle fréquence, combien de temps et pour qui. Ils signalent un effet indésirable dans une petite étude de 10 hommes : une baisse de la production de spermatozoïdes, réversible à l’arrêt.
En résumé : une cabine infrarouge peut être un moment de chaleur et de détente agréable, mais aucune donnée solide ne permet d’en attendre un effet sur la santé. Méfiez-vous des fiches produits qui promettent une « détox », une perte de poids ou une baisse du cholestérol.
Lire une fiche produit avec recul
Les descriptions de cabines mettent souvent en avant des bienfaits : « détox », récupération, sommeil, peau, immunité. Posez-vous trois questions. L’affirmation cite-t-elle une étude précise ? Cette étude portait-elle sur l’infrarouge, ou sur le sauna finlandais ? Était-ce une étude comparative sur un nombre suffisant de personnes ? Sans réponse claire, considérez l’argument comme commercial. Nos comparatifs se limitent aux caractéristiques vérifiables : puissance, places, dimensions, alimentation, prix.
Les contre-indications
Vidal liste les situations où le sauna est contre-indiqué :
- angor (angine de poitrine) non stabilisé, infarctus récent ;
- insuffisance cardiaque décompensée ;
- rétrécissement aortique sévère ;
- hypotension, troubles du rythme cardiaque ;
- antécédents d’accident vasculaire cérébral ou d’accident ischémique transitoire ;
- fièvre ;
- dermatoses inflammatoires, troubles de la sudation.
Pour une grossesse, une hypertension, une maladie cardiaque stable ou tout autre problème de santé, la décision revient au médecin qui vous suit.
Médicaments et chaleur
Vidal, en s’appuyant sur une liste de l’ANSM, rappelle que de nombreux médicaments supportent mal les fortes chaleurs : diurétiques, certains antihypertenseurs, bêtabloquants, antidépresseurs, neuroleptiques, antidiabétiques, entre autres. La chaleur et la transpiration peuvent aussi perturber l’efficacité de certains traitements et des patchs. Si vous prenez un traitement régulier, demandez à votre médecin ou à votre pharmacien avant de commencer.
Les précautions de base
- Pas d’alcool : selon Vidal, la plupart des décès observés après une séance concernaient des personnes ivres.
- Buvez avant et après : Vidal conseille au moins un demi-litre d’eau après chaque séance.
- Commencez court et sortez au moindre malaise. Pour les personnes ayant une maladie cardiovasculaire stable, Vidal évoque des séances de 5 à 10 minutes à 60-80 °C (sauna finlandais) et déconseille les immersions brutales dans l’eau froide juste après.
- Respectez la notice de la cabine : durée, température, nettoyage.
Choisir une cabine
Si vous avez l’accord de votre médecin, nos comparatifs vous aident à choisir : sauna infrarouge, sauna infrarouge 2 places, et le guide sauna infrarouge ou traditionnel. Le coût d’une séance se calcule avec notre outil coût électrique d’un sauna.
Questions fréquentes
Le sauna infrarouge fait-il maigrir ?
Aucune étude solide ne le montre. La revue de 2009 ne relève qu’une preuve faible, tirée d’une seule étude. Le poids perdu pendant une séance est surtout de l’eau, reprise en buvant.
Combien de séances par semaine ?
Les fréquences de l’étude finlandaise (2 à 7 séances par semaine) concernent le sauna traditionnel et décrivent une association, pas une recommandation. Aucune fréquence n’est établie pour l’infrarouge : suivez la notice et l’avis de votre médecin.
Peut-on faire du sauna enceinte ?
Demandez au professionnel de santé qui suit votre grossesse. Ne commencez pas sans son accord.
Le sauna infrarouge est-il conseillé en cas d’hypertension ?
Certaines études suggèrent un effet sur la tension artérielle, avec des preuves limitées. L’hypotension figure parmi les contre-indications et certains antihypertenseurs supportent mal la chaleur : l’avis de votre médecin est indispensable.
Sources
- Vidal : sauna et santé cardiovasculaire, bénéfices et précautions (17 décembre 2025)
- Laukkanen T et al. Association between sauna bathing and fatal cardiovascular and all-cause mortality events. JAMA Intern Med. 2015;175(4):542-548 (PubMed)
- Beever R. Far-infrared saunas for treatment of cardiovascular risk factors. Can Fam Physician. 2009;55(7):691-696
- Hussain J, Cohen M. Clinical effects of regular dry sauna bathing: a systematic review. Evid Based Complement Alternat Med. 2018
- Artsauna : fiche de la cabine Nyborg S90V